Promouvoir l’amateurisme et le don : repenser le partage de l’art au-delà du profit.
Depuis la fin des années soixante-dix, le secteur culturel s’est structuré grâce à une augmentation des financements publics. Pourtant, je constate un paradoxe : si les créations se multiplient, leur diffusion réelle reste limitée. Cette course à la professionnalisation soulève une question fondamentale : quelle finalité donnons-nous à l’œuvre partagée ?
1. Le paradoxe de la professionnalisation
La France bénéficie d’un système unique où les artistes interprètes jouissent d’un statut régulier. Cependant, j’observe que cette professionnalisation est parfois un leurre. En augmentant l’offre de spectacles sans garantir leur rencontre avec le public, le secteur risque de s’enfermer dans une logique de production purement administrative.
Est-ce qu’il y aurait autant d’œuvres si leurs artistes ne recevaient pas de rémunération ? Cette interrogation ne vise pas à nier la nécessité de vivre dignement de son art, mais à replacer l’acte de création dans sa dimension de partage universel.
2. Et si l’art se donnait ?
L’économie sociale et solidaire nous invite à explorer d’autres modèles. Concevoir que l’art puisse se donner, à la manière d’un paysan qui nourrirait ses voisins à condition de ne pas mourir de faim lui-même, ouvre des perspectives nouvelles.
Cette approche repose sur :
- Le don et le contre-don : Sortir de la transaction marchande pour revenir à l’échange sensible.
- La mixité des ressources : Utiliser le cadre légal pour sécuriser le temps de recherche, tout en permettant à l’œuvre d’exister librement dans l’espace public.
- L’autonomie économique : Ne pas dépendre uniquement des subventions de diffusion, souvent précaires et sélectives.
3. Laisser de la place à la population
Depuis les années 2000, les artistes sont de plus en plus sollicités pour « recréer du lien social », agissant parfois comme des animateurs dictant les gestes les plus simples. Je crois fermement qu’il est temps de laisser la population réorganiser elle-même ses fêtes collectives.
L’enjeu est de permettre aux citoyens de s’emparer de l’expression artistique sans qu’elle soit systématiquement encadrée par des professionnels. L’art doit rester libre et dissident. Une société démocratique doit accepter que ses membres exercent cette liberté, même en dehors des institutions classiques.
Mon accompagnement consiste à sécuriser ces espaces d’expérimentation. Qu’il s’agisse de promouvoir l’amateurisme ou de structurer des projets citoyens, le cadre administratif doit être le garant de cette liberté, et non un frein à la spontanéité populaire.
Vous portez un projet culturel citoyen ou hybride ?